La Poste et le Parc naturel : tribune de Vincent Wermeille PDF Imprimer Envoyer
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A partir du premier juillet prochain, la Poste cessera la distribution du courrier dans quelques fermes des côtes du Doubs (les Roies, sur le Rang, Seignolet, etc). Malgré des millions de francs de bénéfice, le géant jaune poursuit une rationalisation systématique en supprimant la distribution du courrier dans quelques ménages considérés comme trop éloignés. Après la fermeture de bureaux de postes dans les petits villages, c’est donc au tour des habitants de fermes isolées de faire les frais d’une rationalisation dont personne ne sait où elle s’arrêtera.

 

Vivre dans les côtes du Doubs se mérite. Ce territoire escarpé aux hivers rigoureux a déjà dû faire face, ces dernières années, à la fermeture d’écoles et de restaurants. Ainsi le nombre de ces lieux de rencontre si importants pour la vie sociale a diminué comme peau de chagrin. De plus, le réseau de téléphone portable est aléatoire, l’internet haut débit une vaine promesse, le réseau d’eau potable inachevé alors que les transports scolaires ne donnent pas (encore) satisfaction. Enfin, les transports publics dans les régions périphériques sont également dans le collimateur des penseurs et autres stratèges de la Confédération qui menacent de ne plus contribuer aux coûts des lignes de cars postaux peu fréquentées telles celle du TSPG (Tramelan-Saignelégier-Les Pommerats-Goumois).

 

Dès lors, que va-t-il bien rester sur ce territoire le jour où la Poste n’assurera plus qu’un service minimum ou même plus de service du tout ? Force est de constater que c’est précisément dans les régions qui subissent au quotidien les conséquences de mesures d’économie que la Confédération souhaite développer des Parcs naturels. Et c’est bien là une chose curieuse que l’action de la Confédération qui, d’un côté, en lien avec notre société de loisirs, considère de plus en plus le paysage rural comme un arrière pays de détente et de loisirs en économisant sur les services publics et, d’un autre côté, entend financer par d’autres sources budgétaires la préservation de ces mêmes régions….

 

Dans une récente revue de l’Office fédéral de l’environnement, le sous-directeur de cet office, Willly Geiger, décrit la procédure d’examen conduisant à la reconnaissance de ces territoires en tant que parcs d’importance nationale et leurs donnent ainsi la garantie de faire partie de nos plus beaux joyaux ! Il évoque ensuite la valeur esthétique, culturelle et biologique de ce patrimoine avant de conclure sur les instruments de préservation que sont les inventaires des biotopes et des inventaires paysagers.

 

L’espace régional du Doubs, par sa dimension géographique mérite donc, à mon sens, une approche plus pragmatique. La vitalité des espaces ruraux, notamment de ceux situés entre le Haut-plateau franc-montagnard et les bords du Doubs, en tant que réalité géographique et économique exige donc une réflexion plus large que celle proposée et tenant compte de la dispersion de l’habitat. Ainsi, des synergies entre les différentes activités économiques possibles et le développement d’infrastructures (communications) dans ces zones permettront de maintenir, voire même de développer, non seulement une présence humaine nécessaire mais un tissu économique fort ainsi que des activités sociales si indispensables à la pérennité de ces territoires.

 

Allez donc expliquer à celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans les côtes du Doubs, qui ne verront bientôt plus le facteur, qui ne peuvent compter ni sur un réseau performant de Natel ou d’internet, et qui doivent (encore) conduire eux-mêmes leurs enfants à l’école l’importance d’une expertise sur les écrevisses à pattes blanches diligentée par l’association du Parc naturel du Doubs !

 

A mon sens, le maintien de la distribution quotidienne du courrier à tous les ménages de la région du Doubs doit constituer un préalable non négociable au projet de Parc naturel régional.

 

Vincent Wermeille

agriculteur et député

 

 

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