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Dans la droite ligne des fêtes de Noël et dans l’esprit de la campagne lancée par Caritas, vous trouverez ci-dessous un Tribune libre de Jean-Paul Miserez

La pauvreté, une tare sociale inadmissible
La pauvreté est une tare sociale inadmissible qu’il faut combattre. Tel est l’objectif de Caritas qui a lancé la décennie de lutte contre la pauvreté Et on ne combat bien que ce que l’on connaît bien. Il faut donc chercher à connaître la pauvreté, à la traquer dans son évolution, à connaître ses points faibles pour la combattre sans pitié. En acceptant une motion sur ce sujet, le Parlement et le Gouvernement jurassiens se sont engagés à présenter un plan de mesure pour lutter contre la pauvreté en début de législature et à publier un rapport annuel décrivant l’ampleur et l’évolution de la pauvreté dans le canton. Pour sa part, le canton de Berne a pris une avance notable dans le domaine en publiant en 2008 déjà un rapport social très complet qui donne non seulement de précieuses indications statistiques, mais qui donne aussi la parole aux personnes et aux familles concernées. Ce rapport a fait l’objet d’une nouvelle publication en novembre 2010, permettant sur les mêmes bases de percevoir l’évolution de la pauvreté dans le canton de Berne.
La pauvreté est une réalité complexe, difficilement chiffrable et saisissable. C’est bien pour cela que de nombreuses études ont déjà été entreprises. Signalons en particulier l’ouvrage de 220 pages de Christin Kehrli et Carlo Knöpfel intitulé « Manuel sur la pauvreté en Suisse » publié en 2007 par Caritas suisse. Ou encore les excellents rapports sociaux 2008 et 2010 du canton de Berne déjà mentionnés. Au niveau fédéral, un rapport de 140 pages intitulé «Stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté» a été publié au mois de mars de cette année. Parlons encore de la très parlante exposition intitulée « Si Jamais » qui a fait escale en septembre dernier à Delémont et qui présentait de manière exemplaire la réalité de la pauvreté en Suisse. La pauvreté est donc bien étudiée et documentée. Il ne s’agit pas de répéter ces études pour notre canton. La motion acceptée demande de mettre en évidence des indicateurs simples, d’ailleurs souvent déjà collectés, qui nous permettent de savoir si la réalité décrite ailleurs est aussi un fait dans le Jura, et aussi de permettre, année après année, d’en mesurer l’évolution, positive ou négative.
Ce sera alors aux Parlementaires et au Gouvernement d’interpréter ces données et leur évolution et d’agir là où ça fait mal.
Une réalité statistique et chiffrable
Certes, on peut s’adonner à une guerre des chiffres sur la pauvreté, notion qui finalement peut être bien relative. Un pauvre chez nous peut êtres parfois plus riche qu’un riche dans un pays pauvre ! C’est vrai aussi que l’on rencontre des pauvres qui ne sont pas pauvres en argent. Et c’est encore vrai que certains pauvres dépensent leur argent de manière difficilement compréhensible pour nous.
La pauvreté se mesure au revenu disponible par ménage d’une personne. Dans le canton de Berne, le seuil de pauvreté se situe à 50% du revenu médian, soit à 1'923.- francs par mois, et le risque de pauvreté est fixé à 2'308.- francs. Cette somme devrait suffire pour manger, s’habiller, acheter des articles d’hygiène et des cadeaux, payer le loyer, la facture du téléphone et la prime d’assurance-maladie, financer un hobby. Sur cette base, 7% des ménages bernois vivent dans la pauvreté, et 5% en sont menacés. Extrapolés pour le Jura, ces taux donneraient environ 5'000 personnes concernées. Cela paraît énorme, peu vraisemblable même. La réalité est pourtant réellement cruelle. Combien même ce chiffre serait surévalué, nous n’aurions pas le droit de rester insensibles au phénomène, même s’il ne représentait « que » le 5 ou même le 3% de notre population. Un pauvre sera toujours un pauvre de trop !
Une réalité sociale
Cela dit, la pauvreté n’est pas qu’une question de porte-monnaie. La pauvreté envahit toutes les sphères de l’existence. Etre pauvre, c’est être contraint de mener une vie modeste par rapport à celle des personnes de son entourage, c’est ne pas pouvoir se permettre des choses qui sont normales pour d’autres, c’est souvent se sentir socialement exclu, c’est être anéanti par un accident de l’existence.
Une formation insuffisante est, également, une cause importante de pauvreté. Ainsi, des jeunes peu formés ont moins de chance sur le marché du travail, peinent à trouver une place d’apprentissage et sont, de ce fait, plus menacés par la pauvreté.
D’autres éléments peuvent intervenir comme facteur d’intégration sociale ou, au contraire, de pauvreté et de marginalisation, comme la politique fiscale (qui a une influence sur le revenu disponible) ou la gestion du territoire.
La pauvreté engendre, également, une augmentation des maladies chroniques ainsi qu’une exposition plus importantes aux différents facteurs de risque tels que le tabac, l’alcool, la qualité de l’alimentation. Si l’on veut vraiment prendre en compte le fait la pauvreté peut rendre malade, il est nécessaire de mettre davantage l’accent sur l'amélioration des conditions socio-économiques. Selon les études mises en évidence par Caritas, c’est le seul moyen de renforcer une véritable égalité des chances en matière de santé et de combattre l'injustice causée par le fait que les gens pauvres sont plus souvent malades que les autres.
Que faire ?
La pauvreté est une tare sociale inacceptable. Il faut donc agir. L’Etat fédéral, les cantons et les communes ont mis l’éradication de la pauvreté à leur agenda, c’est fort heureux et cela constitue une bonne base. Mais on peut faire mieux.
De nombreuses associations sont très actives dans ce domaine. Elles agissent contre l’endettement, dans le domaine de l’aide sociale, dans la distribution alimentaire, dans l’accompagnement. Elles impliquent des professionnels et de nombreux et nombreuses bénévoles. Mais aussi elles sont actives pour informer et pour sensibiliser l’opinion publique. Qu’elles soient remerciées pour tant de civisme actif.
Et moi, que puis-je faire ? Le partage est sans doute la réponse prioritaire. Partage financier évidemment, en acceptant les mesures administratives solidaires telles que l’AVS, les assurances maladies, l’aide sociale, etc. Partage financier encore ensachant voir les sollicitations qui nous sont adressées et en les soutenant par des contributions, aussi modestes soient-elles. Mais le partage ne se mesure pas qu’en valeurs pécuniaires. Un regard, un sourire, un peu d’attention accordée, un peu de temps partagé sont aussi des trésors dont les plus pauvres ont le plus besoin.
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