A propos du sondage d’opinions de l’UDC : poser de vraies questions PDF Imprimer Envoyer
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Il n’y a pas que le rire qui est le propre de l’homme. Il y a aussi le dialogue, et en particulier le questionnement.


Que ce soit pour enrichir nos connaissances, pour entamer une rencontre, pour prendre des nouvelles de notre voisin, pour exprimer notre scepticisme ou même parfois pour nous imposer, on ne cesse de poser des questions. Rappelons-nous que dès notre plus tendre enfance nous n’avons pas arrêté de poser des « pourquoi » qui trop souvent se sont heurtés à des « parce que » très peu enrichissant.


C’est à coup de questions et de contradictions que l’être humain se construit. Lui seul, en famille, en couple, en société.


Questionner en politique

Dans la vie politique, un très grand nombre de processus sont basés sur les questions. Il y a évidemment les votations où l’on pose exclusivement des questions fermées auxquelles on ne peut répondre que par oui ou par non. Les élections quant à elles constituent un questionnement beaucoup plus nuancé où l’on peut exprimer un choix de personnes, voire même de politique. Mais il y a encore les questions orales ou écrites et les interpellations que l’on peut poser ou faire poser aux élus dans les législatifs communaux, cantonaux ou fédéraux. Souvent à sens unique, sans possibilité de réplique ou d’ouverture d’un vrai dialogue, ces interventions contribuent au jeu du pouvoir et à l’information des citoyens.


Pour établir un programme politique de parti, pour rédiger un projet de loi, pour formuler un message à l’appui d’une demande de crédit, il faut passer par un échange d’opinions en comité, en commission ou en groupe de travail. Chacune et chacun se questionnera, émettra son avis, demandera celui des autres, et le projet se construira.


On a aussi de plus en plus recours aux sondages d’opinion pour demander l’avis de toute la population à travers un échantillon soigneusement sélectionné. Qui n’a pas répondu à toute une série de questions parfois embarrassantes, souvent frustrantes, et qui additionnées les unes aux autres, offriront le reflet de l’avis de la société.


Il est heureusement rare que les partis basent leur politique sur un sondage d’opinion. Le programme d’un parti n’est pas simplement le reflet de l’attente de toute la population. C’est l’expression d’un objectif basé sur des convictions politiques des militants auxquelles le parti tentera de faire adhérer le plus grand nombre possible de citoyens. Et pour mesurer l’efficacité de cette démarche, rien de tel que les élections et les votations. En d’autres termes, ce n’est pas le programme politique qui doit se calquer sur les désirs de la population – ce qui serait de la démagogie – mais la population qui doit adhérer au programme politique de son choix.


Et voilà qu’un parti qui se dit démocratique semble innover en organisant à grands frais une « Consultation populaire sur la politique d’asile et des étrangers ». Mais en fait, il ne s’agit pas d’une consultation digne de ce nom, mais de la récolte de bulletins d’adhésion. Cette prétendue consultation trompe doublement le citoyen auquel elle s’adresse.


Des questions fermées et pernicieuses

D’une part, elle pose des questions totalement fermées pour lesquelles il n’est possible de  répondre que par oui ou par une abstention, sans possibilité d’exprimer ne serait-ce qu’un non clair. Il n’y a ici aucun respect de la grande majorité des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas avoir une opinion sans nuance sur un sujet aussi délicat que celui de la politique d’asile et des étrangers. Ces questions coupées à la hache font le lit des extrémistes et des tables du café du commerce. N’importe quel spécialiste des sondages d’opinion aurait préconisé ici une échelle à cinq positions allant de « entièrement d’accord » à « pas du tout d’accord » et aurait ajouté une case pour « pas d’opinion ».


D’autre part, les deux dernières questions sont particulièrement pernicieuses. On ne peut que rejeter en bloc toutes 10 propositions antérieures, sans nuance. Ou encore, on est invité à affirmer que l’on ne voit pas de problèmes dans le domaine des étrangers. Accepter cette affirmation ferait les gorges chaudes des auteurs de ce sondage : seul un naïf ou un illuminé peut partager cette affirmation.


Que faire face à une telle consultation ? Il est quasi impossible d’y répondre honnêtement tout en respectant sa conviction profonde et en exprimant les nuances que ce sujet exige. Et on peut d’ailleurs fort craindre que nos avis soient si différents de ceux des auteurs de ce sondage qu’ils ne puissent les transcrire dans la synthèse qu’ils feront, ou qui est même déjà faite.


Alors il ne reste que la solution de royalement ignorer cette parodie de consultation. Ainsi les résultats obtenus auprès des inconditionnels de leur parti seront à ce point unanimes qu’ils n’auront plus aucune crédibilité démocratique.


Géraldine Beuchat

Présidente du PCSI-Jura

 

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