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Pendant longtemps, la gestion de l'eau n'a pas véritablement constitué un problème sous nos latitudes. L'eau était présente en suffisance dans nos régions, ni trop, ni trop peu, de sorte qu'on ne s'en souciait guère. Cette époque est aujourd'hui révolue. La nature nous l'a d'ailleurs rappelé à maintes occasions ces dernières années, où sécheresses et inondations se sont succédé, y compris chez nous. C'est pourquoi la gestion de l'eau doit être une priorité des autorités jurassiennes.
Le Canton et les communes jurassiennes ne sont évidemment pas restés les bras croisés ces dernières années dans ce domaine. Cependant, les défis restent nombreux et la conception-même de la gestion des eaux doit être complètement revue. La votation sur la loi cadre sur la gestion des eaux aura eu le mérite de faire prendre conscience de la nécessité d'agir. L'augmentation récente des taxes sur l'eau dans de nombreuses communes en est l'illustration.
Les actions positives entreprises ces trente dernières années dans le Jura sont multiples. Par exemple,
- la construction de la Transjurane (A16) aura permis l’interconnexion des réseaux d’eau potable entre la vallée de Delémont, le Clos du Doubs et l’Ajoie par une conduite d’eau sous pression. Ce réseau permet actuellement d’alimenter les communes riveraines de l’A16 en eau de secours ou d’appoint à partir de la station de pompage des Champs-Fallat à St-Ursanne. De même, le tunnel du Raimeux permettra de relier Courrendlin et la couronne delémontaine au réseau d’eau potable de Moutier ;
- le programme de construction de stations d'épuration et des réseaux a permis de mettre en service 33 STEP. 98% des eaux usées dans le Jura sont donc aujourd’hui épurées, ce qui représente autant de polluants en moins rejetés dans la nature;
- les efforts importants consentis par l'industrie et l'artisanat ont déjà permis d’améliorer la qualité chimique des eaux de surface du fait de la réduction des rejets en nutriments, composés azotés toxiques ou métaux lourds dans les cours d'eau ;
- le plan régional d'évacuation des eaux de la Birse (PREE), projet intercantonal, a permis d'élaborer un catalogue d'actions, de priorités et de coûts, à l'échelle du bassin versant de cette rivière. De même, le contrat de rivière pour l'Allaine en collaboration avec nos voisins français est entré dans sa phase de mise en œuvre en début de cette année ;
- les travaux de cartographie des dangers liés aux crues s'achèveront en 2011. Les premiers résultats ont déjà permis d'engager quatre premières mesures prioritaires de protection sur la Birse à Soyhières, la Sorne à Delémont, l'Allaine à Alle et à Porrentruy. Ces aménagements sont une formidable occasion de concilier l’amélioration de la sécurité contre les crues et la revitalisation des cours d'eau en leur redonnant notamment davantage d'espace.
Les défis demeurent cependant nombreux et l’état des lieux nous oblige à fixer des objectifs ambitieux.
D'abord, il est nécessaire d'assurer l'alimentation en eau potable en quantité suffisante et de qualité irréprochable à l'ensemble de la population jurassienne. En effet, en période de sécheresse ou lors de pollution importante, cet objectif n’est aujourd’hui pas atteint.
Pour ce faire, il faut poursuivre l'interconnexion des réseaux, professionnaliser la gestion de l'eau potable et assurer un financement suffisant pour le maintien à long terme des infrastructures.
Ensuite, si d'énormes investissements ont déjà été réalisés pour assainir les eaux usées, force est de constater qu’aujourd’hui le réseau a vieilli. Il est donc primordial de fixer les priorités d’assainissement au niveau régional et de refléchir ensemble aux investissements prioritaires. Comment allons-nous par exemple financer les adaptions indispensables des STEP pour le traitement des micropolluants ?
Enfin, la lutte contre les dangers d’inondation, la revitalisation des cours d'eau, la nécessaire amélioration de la qualité des eaux de nos rivières sont autant de défis qui nécessitent une gestion globale et responsable de ce milieu.
Les réflexions doivent donc aller dans le sens d'une gestion intégrée à l'échelle des bassins versants hydrologiques principaux et répondant aux principes du développement durable. Pour atteindre les objectifs multiples d'une gestion intégrée, une modernisation de la législation cantonale est absolument nécessaire, ne serait-ce que pour répondre aux exigences fédérales.
Le Gouvernement a validé, en juin 2009, la création d'un groupe de travail chargé d'élaborer une nouvelle loi sur les eaux. Munis d’une base légale adaptée aux défis futurs et d’un plan sectoriel des eaux fixant les priorités d’action des collectivités publiques jurassiennes, nous pourrons garantir aux générations futures une eau de qualité, en quantité suffisante et un environnement préservé.
En cette journée mondiale de l'eau, il me paraît nécessaire de rappeler ce défi majeur aux citoyennes et citoyens du Canton du Jura.
Laurent Schaffter
Ministre de l'Environnement et de l'Equipement
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